L'ESTAMPE, VOUS CONNAISSEZ ?

" Une belle gravure est une oeuvre de patience et d'amour" Gautier

Considérée longtemps comme un art mineur, la gravure a su conquérir son public alors que les érudits s'apercevaient que l'histoire des arts était profondément marquée par l'oeuvre gravée des artistes les plus grands.

L'estampe a connu de nombreuses transformations avec l'évolution de l'art et la découverte de techniques nouvelles de gravure et d'impression. Elle a connu des modes mais rassemble aujourd'hui un tel éventail de possibilités graphiques que nombreux sont les artistes qui en font leur langage, voire le seul langage auquel ils confient la communication de leur génie ou plus modestement de leur recherche.

Une "gravure originale" est entièrement due à l'intelligence, au sens artistique et au savoir-faire artisanal de l'artiste qui signe chaque oeuvre et en limite le tirage.

ESTAMPE

Terme général pour désigner une image imprimée en un nombre limité d'épreuves au moyen d'une planche de bois, métal ou autre matière appropriée. Gravée, encrée et pressée sur le papier, parfois sur d'autres matériaux.

L'estampe est le plus souvent monochrome et trouve sa luminosité extraordinaire dans le contraste entre la couleur du papier et celle de l'encre choisie.

D'autres modes d'impression font également partie de l'art de l'estampe tels la sérigraphie et la lithographie.

L'ART DE LA GRAVURE EN CREUX

A- HISTORIQUE

15 ème siecle

MASO FINIGUERRA vit à FLORENCE où il exerce la profession d'orfèvre. Il grave des calices, patènes, reliquaires, poignées d'épées, bijoux en argent et applique ensuite le nielle. La niellure est un art onéreux qui plait en ce temps. Il consiste en une incrustation d'émail noir dans les tailles d'une gravure sur un métal précieux; l'ensemble est ensuite cuit et poli. Il serait le premier qui aurait eu l'idée de mélanger du noir broyé à de l'huile, de remplir ces tailles et de presser l'objet contre du papier humecté afin de conserver des exemplaires de ces épreuves.

A MAYENCE, JEAN GUTENBERG en 1456 vient de résoudre l'emploi de caractères mobiles et ce après plusieurs années de recherche il invente la presse typographique. Des incunables xylographiques où les illustrations gravées sur bois seulement étaient imprimées, le texte restant manuscrit, on passe aux caractères mobiles en métal.

Fin 15 ème siècle

A cette époque il y a un besoin grandissant de propagation des connaissances. Il ne faut plus reproduire, estamper seulement de l'imagerie religieuse et des cartes à jouer, mais diffuser rapidement et avec goût les diverses branches des sciences nouvellement acquises. Un des multiplicateurs de l'estampe et du livre est le papier.

La diminution du prix du linge de lin et de coton qui remplacent en partie la laine et constituent, à l'état de chiffe, la matière première du papier font que le prix de celui-ci devint d'abord fortement concurentiel puis laissa loin derrière lui le parchemin .

16 ème siècle

C'est au début du 16 ème siècle que l'art de la gravure sur métal se séparera de l'orfèvrerie; cet art est d'ailleurs revendiqué par les Allemands.

La gravure sur métal supplante le bois dans les illustrations de livres, cartes géographiques, scènes de dissection, qui demandent plus de détails, de finesse. On grave au burin le cuivre; des exemplaires sont visibles au musée PLANTIN à ANVERS.

DURER en Allemagne qui gravait des bois, réalise des chefs d'oeuvres en taille-douce. LUCAS DE LEYDE le suit, REMBRANT du fond de son atelier dans une solitude hautaine nous crée de mystérieuses eaux-fortes. En Italie cet art évolue similairement, grâce aux résines des forêts de pins des environs de Venise où on y fait d'excellents vernis.

La gravure est d'abord un parent pauvre de la peinture; elle permet de reproduire une toile sans en diffuser ses couleurs chaudes. Mais une gravure peut mieux représenter les cheveux, les barbes; fait vivre les animaux à poils, à plumes.

17 ème siècle

A PARIS , ABRAHAM BOSSE, graveur, édite le premier traité sur la gravure:

" TRAITE DES MANIERES DE GRAVER EN TAILLE-DOUCE SUR L'AIRIN PAR LE MOYEN DES EAUX-FORTES ET DES VERNIS DUR ET MOU"

Ce traité est toujours valable de nos jours. Son amis JACQUES CALLOT découvre le secret du vernis dur.

B- LA GRAVURE EN CREUX

On procède à l'inverse de la gravure en relief, de la typographie. Le trait est incisé dans la surface de la planche; on trace une taille dans le métal et cette taille retiendra l'encre. La taille pourra être faite soit au moyen d'un burin soit à la pointe, soit creusé à l'acide. On use parfois de ces trois procédés à la fois. La planche est constituée par une mince plaque de métal, le plus adéquat à cette mission étant le cuivre rouge. Avant d'être gravée, la planche sera polie en vue d'obtenir une surface lisse, brillante.

L'estampe d'une gravure en creux ne peut se faire sur une presse typographique mais sur une presse manuelle spéciale, infiniment plus puissante. L'encre chargée de garnir les tailles sera grasse et consistante.

A noter deux caractéristiques visibles d'une gravure en taille-douce: l'encre posée sur le papier sèche en conservant un relief parfaitement perceptible au regard et au toucher, tandis que la planche, par suite de la forte pression sur le papier, y laisse son empreinte.

Le burin et la pointe sèche

Le burin est un outil tranchant en acier trempé de section carrée ou en losange dont le bec est taillé en biseau et forme la pointe d'un angle coupant. Cette pointe en avant creuse son sillon dans le cuivre, le graveur manie le burin le plus parallèlement à la surface du métal. Le dessin est linéaire, les traits sont modelés, éffilés à leurs extrémités, s'entrecroisent en forme de hachures pour rendre nuances et reliefs. Les traits creusés au burin sont soigneusement débarrassés de leurs "barbes" avant tirage. Plus le sillon est profond et large, plus le trait sur l'estampe est noir, épais.

Par contre les "barbes" formées par le métal arraché à l'aide de la pointe sèche sont conservées et représentent la caractéristique de cette discipline: elles retiennent une partie de l'encre lors de l'impression et donnent plus de puissance au dessin par un "velouté" particulier. La qualité diminuera après une dizaine de tirages. Il n'est imprimé que très peu d'épreuves d'une "pointe sèche".

L'eau-forte

L'eau-forte est par excellence la façon de graver des peintres. Cette technique est infiniment sujette aux contingences, au caractère de son auteur. Il y a autant de façon de mener la pointe sur le vernis que de maintenir un crayon et de dessiner. Cette technique n'a guère varié depuis REMBRANT. L'aquafortiste est une sorte d'alchimiste qui, pour graver à l'acide, protège la plaque par les procédés les plus variés et ne présente à la morsure que le métal dénudé à l'outil ou par d'autres moyens.

La complexité des procédés est telle qu'il est indispensable de consulter un ouvrage spécialisé pour en connaître quelques uns: gravures à la pointe sur vernis dur, pointillé, manière de crayon, vernis mou, vernis friable, aquatinte, eau-forte avec lavis, gravure au sucre, gravure au sel, etc....

Epreuves et états

Chaque épreuve d'une estampe originale est signée séparément par l'artiste. Elle comporte également la mention du nombre d'épreuves tirées ou autorisées par l'artiste et le numéro d'ordre de l'impression de l'épreuve.

Un monogramme ou une signature "dans la planche" qui n'est pas accompagné de la signature autographique de l'artiste préjudice la valeur vénale de l'estampe et est parfois le signe d'un tirage posthume ou non autorisé.

Avant l'impression définitive, l'artiste imprime souvent des épreuves d'état pour vérifier son travail. Il indique alors sur l'épreuve qu'il s'agit d'une épreuve d'état ( abréviation EE ) qu'il ne faut pas confondre avec une épreuve d'artiste ( abréviation E.A ) qui sont des exemplaires en nombre très limité que l'artiste a tirés pour son usage personnel avant l'édition numérotée de son oeuvre.

C - L'IMPRESSION EN TAILLE-DOUCE

La pâte avec laquelle on bourrera les tailles est un mélange de pigment et d'huile plus ou moins cuite. Toute la surface de la planche est encrée à l'aide d'un gros tampon assez dur, on fera pénétrer l'encre dans les tailles. La planche tièdie, l'encre s'insinue dans les moindres tailles; ensuite on essuie la planche sur toute sa surface en se servant d'une mousseline. L'encre reste dans les creux mais est enlevée dans les parties lisses du cuivre. On parachève l'essuyage avec la paume de la main, les surfaces lisses produiront un blanc pur; la planche est prête pour l'impression. Auparavant on aura préparé et humidifié le papier.

La presse taille-douce est comparable à un laminoir dont la pression peut être réglée. Entre deux rouleaux doit passer une table sur laquelle on dispose la plaque fraîchement encrée, le papier et enfin deux ou trois feutres appellés langes destinés à adoucir la pression des rouleaux et à faire pénétrer le papier humide dans les tailles de la gravure. L'ensemble disposé, on donne aux rouleaux un mouvement de rotation qui attire doucement le papier vers eux. Le papier est fortement pressé sur la planche, il va chercher l'encre dans les moindres creux.

Après passage, on relève les langes et on décolle du cuivre la feuille de papier, il y a laissé son empreinte. La cuvette et l'image se trouvent imprimées sur la feuille de papier humide, l'encre qui était dans les tailles imprègne maintenant la feuille de papier.

Une gravure en taille-douce présente toujours sur l'épreuve un léger relief visible qui se sent au toucher, le papier s'étant gaufré dans les creux de la planche, une estampe est née.

L'estampe sèchera pendant plusieurs jours entre des buvards; si elle est fidèle à la matrice, elle sera signée par l'artiste et numérotée. La numération comporte le nombre d'épreuves tirées et le numéro d'ordre de l'impression de l'épreuve.

 

FABRICATION MANUELLE DU PAPIER

Entrée en "matière "

Le papier est une matière en feuille, constituée par un enchevêtrement de fibres généralement d'origine végétale, préalablement réduite en pâte puis étalée, égouttée, séchée et préparée.

Le papier est sans doute au premier chef, ce matérau support des traces qui font l'écriture. Sur ce support fragile, bon nombre d'entre nous ont tracé des moments de grâce, de tendresse, de douleur ou d'ironiques observations.

Il est encore cette matière blanche ou colorée qui se donne à voir comme fond dans bien des images. Il s'associe à toutes les techniques servant l'encre, le crayon, la gouache, l'aquarelle, la gomme, le grattoir, la presse. Parfois enfin on lui donne forme, il devient lui-même un objet.

Support priviligié, accumulateur de la mémoire des hommes, partie intégrante de notre univers quotidien et réalité multiple, il passe pourtant le plus souvant inaperçu.

Cependant l'intérêt de nombreuses personnes pour le papier va croissant. Artisans et artistes redécouvrent en lui une matière, mieux un matériau.

Ils découvrent son territoire, sa texture et ses couleurs. Déjà le papier provoque de plus en plus de gestes. Non seulement porteur de travail, le papier est travail lui-même. L'engagement passionné de l'artisant lui insuffle la vie. L'artiste intervient alors, explore la matière blanche, l'habite progressivement.

L'aventure du papier main

Le papier fait à la main est exclusivement fait avec de vieux chiffons: cette matière première est dite "chiffe". La chiffe d'abord triée, battue, déchiquetée, est longuement malaxée. Ce traitement a pour résultat de réduire les chiffons en minuscules fragments qui, se trouvant dispersés dans une grande quantité d'eau additionée de charges, de résines ou de colorants éventuels, donne naissance à une suspension fibreuse d'apparence laiteuse, la "pâte".

La pâte préparée est "mise en feuilles" au cours d'opérations ultérieures purement manuelles, dans lesquelles le rôle principal est tenu par un instrument appelé "forme".

La forme papetière consiste en un cadre de bois fermé par un réseau de tiges (les pontuseaux) et de fils de laiton (les vergeures) associés à la manière d'un tamis. Sur le tamis inférieur peut être fixé un filigrane, dessin en fil de laiton fixé sur les vergeures. L'importance du filigrane est très grande car elle indique la qualité, la provenance et le format du papier.

Le papetier plonge cet assemblage dans une grande cuve qui contient la pâte et l'en retire emplie de suspension fibreuse. Il égalise l'épaisseur du matelas solide que l'évacuation de l'eau crée progressivement sur le tamis par un lent mouvement de balançoire. Quelques secondes suffisent pour obtenir une consistance convenable. La pâte humide prend le dessin des vergeures, des pontuseaux et du filigrane. Ces marques proviennent de la moindre épaisseur de la pâte à l'endroit des fils.

Après avoir déposé son instrument sur une table et enlevé la couverte, le papetier applique un feutre sur le matelas de fibres humides ainsi privé de sa protection périphérique et le couche, c'est à dire retourne sur lui-même le sandwich constitué par le tamis, les fibres et le feutre, puis enlève le tamis de sorte que le feutre occupe la position inférieure et sert de support à la feuille.

L'étape suivante consiste à éliminer l'eau excédentaire.

Les feuilles supportées par les feutres sont entassées les unes sur les autres puis placées entre les plateaux d'une presse et comprimées. L'expulsion de l'eau entraine une réduction de hauteur et donne une résistance suffisante aux feuilles, qui peuvent être détachées de leurs feutres et mises à sécher.

FILIGRANES

Ecriture, dessin ou marque se trouvant imprimé dans la pâte du papier par le réseau de la forme et qu'on ne voit bien que par transparence.

Le filigrane est une variation dans l'épaisseur du papier laquelle rend la feuille plus ou moins perméable à la lumière aux endroits où cette variation se produit.

Il existe deux sortesde filigranes: le filigrane " clair " inventé vers 1282 en Italie ( fabriano ) et le filigrane " ombré " inventé par l'anglais Smith vers 1845.

Le filigrane " clair " est obtenu par l'application de fils cousus ou soudés sur le tamis qui sert à fabriquer la feuille de papier. C'est en cet endroit qu'une couche plus légère de pâte se dépose. La feuille encore très humide, prend l'empreinte du dessin ou des lettres surajoutés et le filigrane apparait par transparence.

Le filigrane dit " ombré " est obtenu par contre par une déformation locale du tamis.

Ces marques, à l'origine, ne témoignent que de la provenance du papier. Un vieux règlement datant de 1739 ( on le respecte encore ) veut en effet que chaque feuille porte l'indication de son origine. Plus tard, les filigranes en indiquèrent les multiples qualités et les différents formats ( " propatria " 36x45 cm, " Impérial " 54x68 cm etc... ). Ils deviennent ensuite de véritables marques de fabrique ou de garantie.

Actuellement le filigrane est souvent réalisé sur machine continue, par un rouleau dit " filigraneur " dont la toile porte un dessin en relief ou en creux. A chaque révolution, un marquage se fait sur la bande de papier humide et y reste visible comme filigrane par transparence ou opacité.

 

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